Alina Schiau est née en 1980 en Roumanie. À trois ans, sa famille fuit la dictature de Ceaușescu. La Suisse les accueille comme réfugiés politiques.
Fuir pour la liberté - c'est dans son histoire. C'est en elle.
Grandir entre deux cultures, deux langues, deux mondes - une éducation roumaine à la maison, occidentale à l'école - construit autrement. Ça questionne les racines. De là vient sa fascination pour la dualité. Elle ne l'a pas choisie comme sujet. Elle l'explore parce que c'est ce qu'elle est.
Petite, elle dessine sans arrêt. Son grand-père maternel, illustrateur, lui apprend à regarder. Son arrière-grand-mère paternelle peint. Quelque chose circule.
Elle fait une école d'arts appliqués, mais ne veut pas en faire son métier - trop solitaire, pense-t-elle alors. Elle fait du théâtre, de la radio. Et pendant tout ce temps, elle continue à peindre, dans le silence, sans montrer à personne.
En 2019, quelque chose s'impose. Comme si elle n'avait plus le choix. Pour la première fois, elle est prête à partager.
Et finalement, ce métier qu'elle trouvait trop solitaire - c'est celui qui la connecte le plus profondément aux autres.
Sa technique, c'est la superposition. Couche après couche à l'huile. Certaines transparaissent, d'autres se cachent. Ce qui a été recouvert reste présent - ça structure ce qu'on voit sans qu'on le voie.
Elle grave du texte directement dans la matière. Sans espaces, sans ponctuation. Inscrit dans la chair de la toile. Comme une cicatrice.
Quand quelqu'un s'arrête devant une toile et dit "je ne sais pas pourquoi mais ça me touche" - c'est exactement ça qu'elle cherche. Pas la compréhension intellectuelle. Le ressenti. Ce tremblement intérieur qu'on ne sait pas nommer.
"Je peins comme j'existe : par strates."
Son travail est représenté par ACID Gallery, Lille, Rise Art et Galerie Partage, Lyon.
